1. Je me suis rendu cet après-midi à l’invitation du Consul général de France René Troccaz à Jérusalem pour une visite privée du Tombeau des Rois, rattaché au domaine national français en Terre sainte depuis 1886.

Élu de la République, français juif, j’ai été très impressionné par ce site archéologique exceptionnel, lieu sacré du judaïsme hautement chargé de spiritualité. Pour la première fois, un député a visité les trois chambres funéraires à alcôves qui sont accessibles.

Y sont enterrés des personnages illustres et grands philanthropes de l’époque du Second Temple. On peut citer en particulier la Reine Hélène D’Abadiène – Heleni Hamalka – d’origine kurde, convertie au judaïsme et installée en Israël, mentionnée à plusieurs reprises dans le Talmud pour sa grande générosité. On y trouve aussi le tombeau du beau-père de Rabbi Akiva, Kalba Savoua, réputé pour nourrir avec abondance tous les affamés ou encore Nakdimon Ben Gourion, qui, selon la Guemara, « donnait à boire aux pèlerins, quitte à engager sa fortune personnelle ».

2. La réouverture du Tombeau des Rois est une très bonne nouvelle. Après dix ans d’une fermeture au public, parfois sélective (des concerts de musique arabe ont été organisés sur place…), et la mise en œuvre d’importants travaux par le Consulat, je me réjouis que le site soit à nouveau accessible depuis le 24 octobre dernier tous les mardi et jeudi matins.

3. Comme l’a confirmé le Consul général, fait nouveau et notable : les Juifs peuvent désormais – pour ceux qui le souhaitent – prier à nouveau sur le Tombeau des Rois en respectant les conditions d’accès.

4. Autre fait important : la mise en place d’une « très bonne coopération avec les autorités israéliennes ». Si tout se passe bien, le Consul général m’a assuré qu’il examinerait avec bienveillance la possibilité d’élargir progressivement à l’avenir l’accès au Tombeau des Rois à un plus grand nombre de visiteurs et fidèles.

5. Je suis de près le contentieux entre l’État français, d’une part, et le Hekdesh de Jérusalem, d’autre part, sur la propriété du site. Cette affaire fait aujourd’hui l’objet d’un litige devant la Justice française.

Sans entrer dans tous les détails, il est acté que le Tombeau des Rois a été acquis en 1874 via le Consul de France de l’époque par Berthe Amelie Bertrand, née Levi et cousine des frères Pereire, et que cette dernière en “a fait don […] au Hekdesh en mémoire de ses ancêtres et afin de le préserver de toute profanation”.

De son côté l’État français soutient que le Tombeau a été intégré au domaine national français en Terre sainte en 1886 après une donation des frères Pereire, exécuteurs testamentaires d’Amélie Bertrand.

En tout état de cause, au moment de la donation, le gouvernement français se serait engagé à respecter l’obligation prescrite par l’inscription suivante : “Monument acquis en l’année 1878 par Émile et Isaac Pereire, pour le conserver à la science, à la vénération des fidèles enfants d’Israël, sur le conseil de Monsieur F. de Soulcy, membre de l’Institut de France et par les soins de Monsieur S. Patrimonio, Consul de France à Jérusalem”.

A cet égard, on peut déplorer que fin 19ème siècle, certaines tombes aient été vidées de leur sarcophages et les ossements, y compris ceux d’Heleni HaMalka ! – déplacés au Louvre…

Sur ce point précis, Me Gilles-William Goldnadel, mandaté par Haïm Berkovits de l’association HaMoreshet, a aussi engagé une action contre le ministère de la culture.

Il faut se replacer dans le contexte de l’époque : en pleine domination ottomane, l’intention de Berthe Amélie Bertrand était de protéger cet important élément du patrimoine juif à Jérusalem des atteintes des autorités turques.

Quelle que soit l’issue du litige, la République française ne peut passer outre les dernières volontés de la propriétaire originelle et doit exercer ses droits en respectant la vocation du Tombeau des Rois comme lieu saint du judaïsme.

6. A cet égard, les déclarations du 15 octobre au Sénat du Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Affaires étrangère Jean-Baptiste Lemoyne ne sont hélas pas pour me rassurer… Dans une réponse au sénateur antisioniste Gibert Roger, il a ainsi sèchement affirmé que la France était « l’unique propriétaire du site ». Et d’ajouter, à propos des incidents survenus le 27 juin dernier, que « les individus qui ont semé le trouble devraient plutôt remercier la France d’avoir restauré ce domaine ».

Encore plus invraisemblable et préoccupant : Jean-Baptiste Lemoyne n’a pas jugé utile de dire un mot sur le caractère juif de ce site historique en plein cœur de Jérusalem…

Je déposerai prochainement une question écrite à ce sujet directement au Ministre des Affaires étrangères.

6. Si la situation n’est donc pas parfaite, après des années de fermeture et de crispation, l’évolution est toutefois plutôt positive et le Consul général René Troccaz m’a l’air déterminé à avancer dans la bonne direction.

Aussi, si je peux comprendre que ce dossier éveille des passions et suscite une certaine impatience, j’appelle toutes les parties à une approche constructive et responsable.

J’en ai la conviction : la meilleure manière de désamorcer les tensions, respecter l’intégrité du site et rendre justice à son histoire reste une coopération franco-israélienne apaisée et de bonne foi.