Ci-joint mon portrait en anglais paru le 27 février dernier dans le fameux magazine online « Tablet », le Vanity Fair communautaire américain.

http://www.tabletmag.com/jewish-news-and-pol…/…/meyer-habib…

Malgré quelques petites erreurs factuelles, l’auteur, le journaliste Marc Weitzmann, que j’ai rencontré il y a deux ans, restitue avec justesse et en détail quelques temps forts de mon parcours.

Une traduction en français est également disponible, grâce à mon ami Felix Asher Perez, que je remercie :

Meyer Habib, peut-être le meilleur ami des juifs français.
Marc Weitzmann – TABLET
Traduction, adaptation Félix Perez

Meyer Habib, né à Paris il y a 56 ans de parents tunisiens, a un look grand, musclé et sympathique. Il est doté d’un visage de type nord-africain, à la fois lourd et doux. PDG du Groupe Vendôme, joaillier de luxe, il est aussi Député français et grand ami de Netanyahou.

En tant qu’élu des expatriés français pour la région méditerranéenne, il se bat pour les juifs français et pour la reconnaissance de leurs professions quand ils tentent de s’installer en Israël, notamment quand ils fuient le terrorisme, l’antisémitisme ou encore la morosité économique de la France. Ses batailles épiques pour convaincre les bureaucrates israéliens de reconnaître les diplômes français font de lui un héros pour les Juifs en France et en Israël. Habib s’exclame : « un dentiste avec 3 ans d’expérience qui veut faire l’Alya ne peut pas travailler en Israël alors qu’il a été reçu à des examens super difficiles ? Une honte, moralement inacceptable, cela doit s’arrêter » ! Il a expliqué à la presse israélienne en novembre dernier sa position en cas d’échec de ses démarches : « Si dans les trois mois il n’y a pas de progrès tangibles, je dirai aux Juifs de France de ne pas faire leur Alya avant que leurs diplômes ne soient reconnus ». Peut-être ému par la détermination sincère d’Habib, Israël a cédé, au moins en partie. La Knesset vient de passer une Loi exemptant les dentistes d’infâmes examens… mais pas encore pour les avocats ou les médecins.

Cependant, l’attention de Meyer Habib s’est focalisée sur des villes comme Marseille où un professeur juif avec kippa a été attaqué par un ado turc armé dont l’intention était de le tuer (il a confessé que son seul regret était d’avoir laissé sa cible en vie). C’est la troisième tentative de meurtre à Marseille en trois mois, ciblant des «juifs visibles». Bien que les cibles aient survécu, l’anxiété parmi les Juifs a été telle que leurs dirigeants leur ont demandé d’arrêter de porter la kippa en public jusqu’à retour au calme. Ce qui a été source de honte et d’embarras nationaux. Des officiels de la communauté ont désavoué la déclaration marseillaise comme défaitiste, mais Klarsfeld a soutenu les dirigeants marseillais parlant selon lui au nom des Juifs ordinaires apeurés au quotidien.

Au cours des 15 dernières années, les attaques contre les Juifs ont été quotidiennes en France. En 2014, le nombre d’agressions antisémites a augmenté de 100% (plus de 50% des actes racistes étaient donc dirigés contre moins de 1% de la population totale). Ce qui a marqué les esprits reste cependant le risque de voir les juifs devoir cacher leur identité. Les défenseurs acharnés de la laïcité comme Manuel Valls ont demandé aux juifs de garder leurs kippot. Deux jours après l’agression, dans un geste audacieux, Meyer Habib et un Député non juif, Claude Goasguen sont venus à l’Assemblée nationale portant fièrement la kippa. Le Parlement est un lieu laïc où les symboles religieux ne sont pas licites, mais Habib a voulu là marquer un point. Il explique : « ce matin du 13, je me suis réveillé en pensant que la situation exigeait une réponse forte. Je suis contre le fait de ne pas porter de kippa dans les espaces publics, surtout lorsque les Juifs sont menacés. Bien sûr, j’ai d’abord demandé conseil à mon ami le Grand Rabbin de France qui m’a seulement conseillé de ne pas entrer dans l’amphithéâtre avec la kippa. A la buvette, j’ai aussi proposé une kippa au député Goasgen, pensant qu’il était bon d’avoir un non-Juif à mes côtés ; ce projet l’a enthousiasmé par solidarité ».

En réponse à l’objection selon laquelle ils avaient trahi la règle de la laïcité, il répond : « Au contraire, ce que j’ai fait réaffirme notre attachement à la vraie laïcité, celle de la République, celle de la liberté de conscience et de religion ! Liberté de porter une kippa, une croix, un chapeau ou un foulard ! »
En fait, la définition de la laïcité et de ses vrais enjeux est au cœur de nombreux débats en France.
Comme prévu, tous n’ont pas été d’accord avec l’affichage de Meyer Habib. Les réactions les pires sont venues des Juifs comme le chroniqueur d’extrême droite Éric Zemmour, qui a comparé de manière perverse la kippa à l’étoile jaune imposée par les nazis aux juifs pendant la Shoah, et en a conclu que les juifs devaient s’en débarrasser. Autre juif, cette fois d’extrême gauche, un des fondateurs de Médecins Sans Frontières, Rony Brauman, a condamné le port de la kippa comme « signe d’allégeance à la politique de l’Etat d’Israël » (!), mensonge suggérant que les victimes ont porté une responsabilité pour ce qui leur est arrivé.

Le père de Meyer, Emmanuel Habib, né à Venise en 1920 comme juif apatride, de mère italienne et de père libyen, s’est installé en Tunisie. Après la mort de leurs parents, Emmanuel, son frère cadet et sa sœur aînée ont grandi comme orphelins. Durant la Guerre, Emmanuel a refusé d’être réquisitionné au STO (travaux forcés de Vichy au profit des allemands) et a préféré se cacher. Après la Libération, il est devenu un ardent militant sioniste.
En 49, un an après la création de l’Etat d’Israël, Emmanuel a représenté au premier Congrès sioniste mondial, la branche tunisienne du ‘Herout – parti ultrasioniste fondé en 23 par Jabotinsky – ainsi que son mouvement de jeunesse, le Betar. Il y a rencontré Menachem Begin (déjà célèbre notamment comme collaborateur de Jabotinsky) et les deux hommes devinrent rapidement amis. Mais, dans une Tunisie qui évoluait vers l’indépendance, cette implication lui a aussi valu bien des ennemis et il a notamment été visé par une bombe en 56, qui a blessé plusieurs passants.

Emmanuel a alors compris qu’il était temps de partir et la précipitation l’a conduit à Marseille puis à Paris plutôt qu’en Israël. Il y a rencontré la mère de Meyer ; ensemble, ils ont fondé leur foyer en France.
Meyer se souvient : « Je suis né à Paris en 61 dans un environnement très Juif et sioniste. Et français aussi, il n’y avait pas de contradiction. Mon père et son frère se sont lancés dans le vin. Ils ont créé ‘Habib Frères’, la première entreprise à produire du Champagne Cacher. Notez bien que lorsqu’ils sont arrivés en France en 56, il n’y avait pas de judaïsme organisé, quasiment pas de restaurant vraiment cachers. »
Après la Guerre, la majorité des Juifs français ne se sont affiliés à aucune institution communautaire, voulant oublier ce qu’ils avaient traversé et pensant que la création d’Israël leur offrait une permission tacite de mettre de côté leur identité juive. Cette décision a vite évolué après la guerre des 6 Jours, et après l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord qui ont changé le visage du judaïsme français. L’expérience de Meyer Habib était bien en avance : « chez nous, nous vivions au rythme d’Israël. Les circonstances avaient fait vivre mon père en France mais il n’avait pas abandonné l’idée de faire son Alya. Il a aidé à construire la première synagogue parisienne selon les rites des juifs d’Afrique du Nord. Et mon oncle, qui s’appelait Elie Lolo, était très impliqué dans les œuvres caritatives juives pour les jeunes séfarades. De Belleville au Marais, mon père et lui emmenaient les enfants aux camps d’été dans leurs camions à vin. Officiellement, pas plus de 5 en même temps, mais en final, près de 2000. Ils les cachaient dans des tentes en cas d’inspection. C’est ainsi qu’au fil des ans, mon oncle a aidé a créé le centre de vacances et l’aide sociale pour enfants séfarades défavorisés (dont le nombre augmentait en parallèle à la disparition des juifs des pays arabes). C’était très coloré, très vivant. Je vivais au milieu de ça. Je suis allé à l’école juive. Je me suis impliqué dans des organisations juives comme le Betar et j’ai aidé à nous défendre contre des gangs d’extrême-droite qui nous attaquaient ».

Habib a étudié l’ingénierie au Technion de Haïfa et, de retour en France, il a rejoint Citizen, une société horlogère où il a créé la marque Citi Or. Il est marié, avec quatre enfants ; la religion, la politique comme les affaires juives sont aussi au cœur de sa vie.
Mi-2013, il a hésité entre la présidence du CRIF et le poste de Député. Il avait voulu pendant des années devenir président de la principale institution juive de France mais, in fine, il a laissé sa femme choisir le meilleur combat. Pour l’élection, il a fait campagne sur une liste de centre-droit contre 18 autres candidats et a été élu comme représentant des expatriés français de sa circonscription. Outre Israël, celle-ci inclue notamment les expatriés de Turquie, Grèce, Malte, Chypre et Vatican ; ce qui lui permet de dire qu’elle recouvre « les trois monothéismes ». Cependant, c’est l’électorat franco-israélien qui se mobilise le plus, qu’il connaît le mieux et qui le connaît le mieux. Netanyahou, qu’il a rencontré au début des années 90 par l’intermédiaire de son père et qu’il considère comme l’un de ses meilleurs amis, a officiellement soutenu sa candidature. Un regard sur sa page Facebook officielle montre qu’Israël et les questions liées à Israël et au judaïsme restent dans ses préoccupations importantes de Député. Il est également membre d’une commission contre le terrorisme au ministère des Affaires étrangères.

Fin 2014, lors d’un projet français de soutien d’un « Etat palestinien », Meyer Habib a débattu avec le député socialiste Jean Glavany, qui l’accusait ouvertement de «double allégeance», se moquant de sa «passion inavouée» – y compris sur l’attentat de Toulouse – et dévoilant ainsi son antisémitisme culturel, voire inconscient. L’association de l’implication religieuse et politique de Meyer Habib aurait été impensable dans la France laïque d’il y a seulement 30 ans. Sa double nationalité ne lui pose maintenant aucun problème de double allégeance : « Je suis devenu franco-israélien, mais je suis né français. Mes enfants sont français et ma femme aussi. Je crois que les Juifs ont beaucoup donné à la France, et la France a beaucoup donné aux Juifs. Je n’y vois aucune contradiction. Etre juif, être sioniste, être français font partie de mon ADN. Je me sens français, j’aime la France, je suis née en France et le français est ma langue maternelle ».

Concernant la nouvelle vague d’Alya liée à l’antisémitisme : « Je pense que si les juifs se sentent obligés de quitter la France, cela est un réel problème. L’Alya devrait être un choix, pas une fuite. J’espère que l’immense majorité des Juifs français va rester en France, j’espère. Mais la vraie question est de savoir ce que la France va réellement devenir »
Il ne fait aucun doute que Meyer Habib représente l’une des nouvelles façons d’être juif en France. Une manière plus affirmée, plus politiquement ambiguë, c’est le moins qu’on puisse dire. Il est difficile de nier que, par les temps qui courent, les Juifs de France ont besoin de plus d’amis comme Meyer Habib.