« La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté. »

Ces paroles extraites du discours de remise du prix Nobel de la Paix à Elie Wiesel, le 10 décembre 1986, me reviennent douloureusement alors que nous parviennent ces terribles images du Rojava.

Député des Français de Turquie mais aussi et surtout en tant qu’humaniste et républicain, je ne peux rester silencieux devant le massacre des Kurdes du nord-est syrien par les forces d’Erdogan aidées par diverses milices islamistes.

Il y a une semaine déjà, lors de la séance des questions au gouvernement, je dénonçais l’abandon coupable de nos alliés kurdes par le Président Trump. La réponse que j’ai reçue du porte-parole du gouvernement fût – de l’avis général – lunaire !

Les Kurdes sont aujourd’hui écrasés sous les bombes du nouveau Sultan « islamiste modéré », les civils sont en proie aux pires exactions des milices djihadistes. Viols, lapidations, tortures. Ça suffit !

Alors que Donald Trump, dans une indéchiffrable valse-hésitation semble faire machine arrière après avoir abandonné les Kurdes, trahis, nos alliés d’hier n’ont d’autre choix que de se tourner vers Al-Assad, le Boucher de Damas.

Entre le compromis et le génocide, leur choix est immédiat. Je les comprends !

Pendant ce temps, les djihadistes de Daesh fuient par centaines les camps de rétention et se mettent à rêver d’un nouveau califat noir…

Le même califat qui a orchestré des dizaines d’attentats. Chez nous, dans notre pays, et fait plus de 260 morts !

Le même califat qui a perpétré un génocide yézidi, mis en esclavage des femmes par milliers et détruit des joyaux du patrimoine mondial de l’humanité.

Il y a urgence absolue à agir !

On n’abandonne pas ses alliés au massacre, surtout après qu’ils ont sacrifié 11.000 soldats et soldates pour notre sécurité et nos valeurs. Sans eux, jamais l’État islamique n’aurait été vaincu !

Plus qu’une question de morale, il en va de notre crédibilité politique !

A la veille du conseil des ministres franco-allemand et alors que le Conseil européen doit se réunir jeudi et vendredi prochains à Bruxelles, j’appelle le Président Macron, la Chancelière Merkel et tous les dirigeants européens à :

– Suspendre immédiatement le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE ;

– Lever toute aide financière à la Turquie et imposer des sanctions économiques – pas seulement sur le matériel militaire. Je rappelle que l’UE absorbe 50% des exportations turques ! ;

– Mettre en place des mesures de protection des zones kurdes dans le nord-est syrien ;

– Enfin, engager une suspension de l’OTAN.

De quelle Alliance parle-t-on quand l’agression d’Ankara contre nos alliés met directement l’Europe et la France en péril ?

En tant qu’ami de la Turquie, je ne peux pas me taire. Le grand peuple turc mérite mieux !

Même si je respecte sa démocratie, cela fait des années que je dénonce sans langue de bois l’évolution autoritaire, liberticide et néo-impérialiste du régime AKP.

Les échecs électoraux d’Erdogan à Istanbul et Ankara l’ont montré : la dérive n’est pas inéluctable et une grande partie du peuple turc aspire à partager nos valeurs.

Actuellement en circonscription, je ne pourrai hélas être présent ce soir à la soirée de solidarité avec les Kurdes organisée au Théâtre du Gymnase à Paris 10e par Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et du groupe d’études sur les Kurdes à l’Assemblée nationale.

Par le cœur et la pensée, je serai cependant présent et plus que jamais solidaire de ceux qui nous ont défendu et porté nos valeurs avec héroïsme face à la barbarie islamiste.