Député des Français d’Italie, je suis inquiet et triste après l’annonce par la France du rappel de notre Ambassadeur à Rome.

Cet acte dramatique est la dernière étape avant la rupture des relations diplomatiques ! Il marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations franco-italiennes depuis la constitution du gouvernement de coalition M5S-Ligue de Giuseppe Conte, avec Matteo Salvini (Ligue) et Luigi di Maio (M5S) comme vice-présidents du conseil des ministres.

Dans sa déclaration officielle, le Ministère des Affaires étrangères explique cette décision par le fait que « […] La France a fait, depuis plusieurs mois, l’objet d’accusations répétées, d’attaques sans fondement, de déclarations outrancières que chacun connaît et peut avoir à l’esprit. Cela n’a pas de précédent, depuis la fin de la guerre. »

Très attaché à l’Italie, j’avais fait part dès juin 2018 de mon trouble suite aux propos du Président de la République, qui avait tour à tour évoqué « la part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien » dans l’affaire de l’Aquarius, la « lèpre nationaliste » qui monte en Italie.

Quelles que soient les affinités politiques de chacun, l’actuel gouvernement italien est totalement légitime comme tout gouvernement démocratique d’un grand pays, ami et allié.

Pour parler sans langue de bois, il y a eu des dérapages côté français mais rien ne peut justifier l’hystérie anti-française totalement débridée du chef du parti M5S Luigi di Miao et du chef de la Ligue Matteo Salvini.

Dans le contexte de fièvre électorale, les dirigeants italiens ont dépassé toutes les bornes et ont eu une attitude indigne d’un grand pays comme l’Italie, qui possède une des plus anciennes traditions diplomatiques au monde.

Ainsi, le 20 janvier : Luigi Di Maio a accusée « d’empêcher le développement » des pays utilisant le franc CFA. Le 26, Matteo Salvini accuse le Président Macron de gouverner « contre les intérêts de son peuple » et revendique sa « proximité avec les millions d’hommes et de femmes qui vivent en France avec le pire des gouvernements et le pire des présidents ». Mardi dernier, Luigi Di Maio, est allé jusqu’à s’afficher avec des « gilets jaunes » mardi en région parisienne.

Force est d’admettre que depuis quelques temps, les dérapages sont imputables aux dirigeants italiens. Les mains tendues par la France ont été ignorées et notre pays est devenu le « punching-ball » pour flatter un ressentiment anti-français d’une partie de la population italienne.

Cette fuite en avant est très inquiétante. Elle doit cesser.

Pour citer encore la porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Agnès von der Mühll: « tous ces actes créent une situation grave qui interroge sur les intentions du gouvernement italien vis-à-vis de sa relation avec la France. »

Je me suis longuement entretenu de la situation avec notre ambassadeur Christian Masset.

A mon tour, j’appelle les deux parties à l’apaisement et à renouer le dialogue. Comme je l’ai dit à l’Ambassadeur, il me semble urgent de programmer une rencontre au plus haut niveau pour désamorcer la crise.

J’ai reçu des dizaines d’emails de Français d’Italie, me faisant part de leur désarroi. Je me fais ici aussi leur interprète.

Soyons à la hauteur de nos deux mille ans d’histoire commune et de notre conception partagée de la civilisation. Nos deux pays resteront des pays frères liés par leur destin commun en Europe.

Ici mon interview dans le JDD : https://www.lejdd.fr/International/france-italie-macron-salvini-et-di-maio-doivent-se-parler-rapidement-3854312?fbclid=IwAR00dYnlJQqos3_z4rGSsQZyyR4l-4zIK4uOkm9MMEJgs8sbhFGyJqgVSfk