Barou’h Dayan Haemet

C’est avec une immense douleur que j’apprends, de Rome où je me trouve en déplacement, la disparition de Shimon PERES, géant d’Israël et peut-être le dernier de la génération des fondateurs de l’État.

Shimon Peres c’est : l’indépendance, la construction de l’Etat, l’affirmation d’une société juive nouvelle, pionnière et moderne, un Israël fort et maître de son destin sur sa terre ancestrale.

Jusqu’à la fin, il a été un patriote exemplaire et infatigable. Il y a 15 jours encore, à 93 ans, il apparaissait dans une interview TV incitant le public israélien à consommer « bleu blanc »…

La mort de Shimon Peres laisse Israël orphelin.

Mais, avec Shimon Peres, c’est aussi une autorité morale, une conscience universelle et un grand humaniste qui nous quitte, un optimiste viscéralement attaché à l’idée d’un Israël fort au service du progrès humain, un promoteur obstiné de la fraternité humaine et un défenseur acharné de la paix.

Cet engagement lui valut en 1994 le Prix Nobel de la Paix, conjointement avec Itzhak Rabin. Je ne partageais pas toujours son optimisme sans jamais douter de son absolue loyauté à l’idéal sioniste. Hélas, l’échec complet des Accords d’Oslo a renforcé mes convictions…

Et quand on voit que le 14 septembre dernier le député arabe israélien, Basel Ghattas, de la liste arabe unifiée a eu l’indécence et la cruauté de traiter Peres de « criminel de guerre aux mains tâchées de sang », on peut mesurer combien son inébranlable optimisme en faisait, envers et contre tout, un homme exceptionnel.

C’est à ce titre, aussi, qu’il avait été invité en mars dernier pour prononcer un discours devant les Ambassadeurs et Délégués permanents des Etats membres de l’UNESCO. Nous nous étions entretenus le 25 mars à son hôtel ; je l’avais trouvé un peu fatigué…

La France perd aussi un ami précieux, un parfait francophone, fin connaisseur et grand amoureux de la culture française.

C’est cette affinité avec la France et ses dirigeants qui lui permettra de développer l’étroite coopération militaire franco-israélienne dans les années 1950, qui aboutira à l’acquisition de la technologie nucléaire par Israël et ainsi d’une force de dissuasion inégalable…

Et à titre plus personnel, je perds un ami, pour qui j’ai toujours eu une profonde affection et un immense respect.

Pour moi, Israël n’a jamais été aussi fort qu’avec Shimon Peres à la présidence et Benyamin Netanyahu comme premier ministre.

J’avais d’ailleurs eu la chance de les accompagner en 2007 au Forum économique mondial de Davos. Par-delà certaines divergences politiques, croyez-moi, ils s’entendaient sur l’essentiel.

Je partage avec vous trois réflexions qu’il nous a léguées, à méditer :

« La chose la plus importante dans la vie est d’oser. La chose la plus compliquée dans la vie est d’avoir peur. La chose la plus intelligente dans le monde est d’essayer d’être une personne morale.»

« L’optimiste comme le pessimiste finissent par mourir. Mais ils ont tous les deux profité de la vie d’une manière complètement différente. »

« Faites le bilan de ce que vous avez accompli dans votre vie et du nombre de rêves que vous avez en tête. Si vous continuez de rêver, vous êtes jeune. Ayez le courage de rêver grand »

Shimon Peres est à présent en paix auprès de son épouse Sonya, qui a partagé sa vie 66 années durant.

Toutes mes condoléances à ses enfants Zvia, Yoni et Chemi, sa famille, ses amis et le peuple d’Israël.

‏שיהיה זכרו ברוך